Une nouvelle espèce sur les côtes de France : le péponocéphale ou dauphin d'Electre. Conséquences d'un été tropical ?
Le 27 août dernier, nous sommes intervenus sur léchouage de 2 dauphins vivants sur lIle dOléron. Les deux animaux ont été renfloués à quelques milles au large de lîle avec laide de Gilbert Anselme (correspondant RNE sur lIle dOléron) et des Sapeurs Pompiers de St Denis dOléron. Tous deux semblaient reprendre le large. Néanmoins, le 29 août lun des deux était retrouvé mort à quelques centaines de mètres du premier site déchouage.
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Le caractère exceptionnel de cet échouage était lespèce car il sagissait de péponocéphales (Peponocephala electra). Cette espèce vit dans les eaux tropicales ou subtropicales (40° N à 35°S) et navait jamais été observée en France. Dailleurs une seule observation est mentionnée pour les côtes européennes. Elle remonte à 1949 et concernait la découverte dun crâne dans le sud de lAngleterre. Autant dire que le cas est vraiment exceptionnel dans nos eaux. Le peu de connaissances sur cette espèce nous indiquent quelle est pélagique et grégaire. En Atlantique, elle serait plus commune dans sa partie sud-est. Quelques échouages sont répertoriés sur les côtes de Mauritanie et du Sénégal. |
Lanimal retrouvé mort mesurait 2m43 pour un poids de 123 kg (lautre individu approchait la même taille). Il sagissait dun mâle adulte mature sexuellement et probablement assez âgé au regard de létat de la dentition. Il présentait une condition physique moyenne et aucune lésion pathologique sévère na été observée lors de la dissection. Cependant la plupart des organes étaient déjà altérés par un début de putréfaction. Seuls quelques kystes parasitaires en nombre peu significatif ont été observés au niveau de la région génitale. En plus des prélèvements habituels nous avons conservé le squelette complet pour cette première en France.
| Cette espèce est observée hors de son aire de répartition, les causes de léchouage de ces animaux erratiques nont pu être clairement identifiées : accident ou affaiblissement lié à un long séjour derrance et disolement social ? Nous navons aucune nouvelle concernant le deuxième individu. Nous pouvons aussi nous interroger sur le lien entre lapparition de cette espèce et lété exceptionnellement chaud. | ![]() |
Nos collègues anglais (ORCA, BDRP, Company of Whales) ont aussi été témoins dobservations peu communes dans le golfe de Gascogne. Quelques jours après léchouage des péponocéphales, un mésoplodon de True (M. mirus) sexhibait hors de leau devant les téléobjectifs des observateurs basés sur le pont supérieur du Pride of Bilbao (ferry reliant Portsmouth à Bilbao). Le 3 septembre un fou masqué (Sula dactylatra), oiseau marin tropical, a traversé le golfe posé sur ce même ferry. Et pour terminer, un groupe de cachalots composé de femelles et de juvéniles, fréquentant habituellement des latitudes plus basses, a été vu pour la première fois dans le golfe de Gascogne. A l'inverse l'hypérodon boréal, associé aux eaux tempérées froides et observé habituellement dans le golfe en été, n'a fait l'objet d'aucune observation cette année.
Coïncidence ou effet de la température ? Tout le monde saccorde pour dire que la saison 2003 a été exceptionnellement chaude, la température de surface dans le golfe de Gascogne a atteint les 23-24 °c au large. Un tel niveau de températures a déjà été observé mais rarement sur une telle échelle et aussi longtemps (source IFREMER).
Ceci rappelle aussi que la surveillance sur le long terme despèces marines, assurée par des organismes tels que le CRMM, ORCA, BDRP et tous ceux qui participent au RNE et au suivi de ces espèces dans le golfe de Gascogne, fournit un outil essentiel capable de mettre en évidence des changements de distribution liés aux variations environnementales.
A consulter également :
http://www.orcaweb.org
www.companyofwhales.co.uk (latest news)
http://www.ifremer.fr/envlit/actualite/2003090101.htm